March 29, 2020

AGBU Mourns the Loss of Patrick Devedjian, Son of the French and Armenian People

  • Image

It is with profound sadness that we mark the loss of Mr. Patrick Devedjian, a noble French statesman and a champion of all Armenians, who passed away over the weekend.

Leading with grace and dignity, Mr. Devedjian was the consummate civil servant. From lawyer to minister, parliamentarian to president, and most recently as president of the Paris Haut-de-Seine District, he was recognized for his prominent career as an attorney who ceaselessly advocated for human rights. His strong convictions have left a deep imprint on the laws for which he fought and the lives he touched throughout his public life.

Among his many impassioned causes, he ensured that the voice of French-Armenians was heard. His relentless pursuit of justice to achieve recognition of the Armenian Genocide led to the passage of groundbreaking legislation in France.

AGBU was honored to work with Mr. Devedjian over the years and we extend our sincere condolences to his wife, children, grandchildren and the entire Armenian community in France. He leaves behind an inspiring legacy of standing up for truth and justice against all odds. Thank you Mr. Devedjian for all you have done for your people.

----------------------------------------------------

During the 90th General Assembly held in Paris in February 2019, the AGBU Central Board of Directors awarded Mr. Devedjian with the Boghos Nubar Prize, the highest distinction conferred by AGBU to community members who work tirelessly in service of society.

The following speech by AGBU President Berge Setrakian was delivered on the occasion of this award, as a last tribute to the man, to the compatriot and to the legacy he leaves for future generations.

Monsieur le Ministre, cher Patrick,

Il y a ceux qui veulent se rendre honorable par la politique, et ceux qui veulent rendre la politique honorable.

Il y a ceux pour qui, oublier ses racines est la condition de la réussite, et ceux qui tirent leur force et leur courage de ces racines qu’on veut leur faire oublier.

Il y a ceux, enfin, qui veulent laisser une trace dans l’Histoire, et ceux qui y parviennent parce qu’ils inscrivent leur vie dans l’Histoire.

Entre les uns et les autres, Cher Président, Cher Patrick, tu te reconnaîtras.

Mais pour ceux qui ne te reconnaîtront pas, il suffira d’évoquer ces onze années passées à la présidence du Département des Hauts-de-Seine dont la gestion, après avoir été longtemps « les écuries d’Augias » de la politique française, est devenue aujourd’hui le modèle français de la rigueur et de la probité.

Il suffirait également d’évoquer ces trois ministères, aux Libertés Locales, à l’Industrie et à la Relance économique que tu as occupés sous deux présidents, et de ces mandats passés à la Mairie d’Antony, où pendant dix-huit ans sans discontinuer, tes électeurs t’ont renouvelé leur confiance. Après trente cinq ans de vie politique, tu fais partie de ces hommes politiques qui, parce qu’ils ont été hommes d’honneur, ont rendu l’honneur à la politique.

C’est ce sens de l’honneur et ce sens du service, et pour une part, ce sens du sacrifice de soi, qui te fait l’héritier d’un autre grand soldat de la République, arménien d’origine lui aussi, qui a été un des premiers à rendre, au prix de sa vie, son honneur à la France. Je veux parler de Missak Manouchian.

Tu en es l’héritier au sens symbolique du terme, mais aussi, d’une certaine manière, au sens réel, quand on sait le soin que tu as pris, personnellement, jusqu’à la fin, au bien-être de son épouse Méliné Manouchian.

Lors du procès des quatre de l’Opération Van qui avaient pris d’assaut le consulat de Turquie en 1981, elle avait dit en désignant ces hommes qui se tenaient devant elle dans le prétoire : « Ce sont tous mes enfants ».  Tu faisais partie de ces hommes, toi qui fus l’avocat, dès la première heure, de ces combattants de la mémoire. Tu étais à leur côté, alors même que tu faisais campagne pour ton premier mandat de maire, conscient du poids que cet acte de conviction et de courage pouvait avoir sur ta carrière. Tu étais le défenseur de la Cause Arménienne avant de devenir le défenseur de la République, au nom de cette valeur commune avec Missak Manouchian, l’exigence de justice.

Mais ton combat pour la justice ne s’est pas arrêté là. Alors que grâce à l’ensemble de ces actions, le Génocide des Arméniens entrait dans l’espace public français ; il entra, par ton action personnelle, dans la loi française, celle du 29 janvier 2001. La vaste campagne négationniste qui l’a suivie a conduit l’Assemblée Nationale à examiner une nouvelle loi, pénalisant le négationnisme du génocide des Arméniens. Tu en fus l’un des défenseurs, certain que cette loi, visant la propagande d’un Etat étranger sur le sol français, n’était en rien incompatible avec la liberté d’expression qui te tient tant à cœur.

A tous ces combats, en succéda un autre : celui mené pour la survie de l’Arménie.

En 2008, l’Arménie fut classée parmi les pays les plus pauvres de la planète. A ce titre, elle entrait dans le cadre de la coopération décentralisée du département des Hauts-de-Seine que tu commençais à présider. Un an après, le 6 janvier 2009, tu signais avec le Fonds Arménien de France une convention en faveur du développement durable agro-pastoral dans le Tavoush. Aujourd’hui, dix ans après, en 2019, ce programme est plus que jamais actif et productif, et constitue un modèle de rigueur dans sa gestion et un exemple d’efficacité dans ses résultats. Grâce à l’action du Département des Hauts-de-Seine et ton action, le Tavoush est aujourd’hui un petit bout de la terre de France en Arménie.

Tout comme Aznavour dans l’art, tu es devenu, ne t’en déplaise, pour les Arméniens d’Arménie et de la Diaspora, l’emblème de la réussite, de la probité et du courage en politique. Certes, l’UGAB veut t’honorer parce que tu es ce que tu es, parce que tu fais ce que tu fais, mais elle veut aussi t’honorer pour ce que tu représentes aux yeux des générations futures, pour ces jeunes que l’UGAB veut accompagner dans leur rêve et leur désir d’excellence. C’est parce que tu démontres, par ton action et tes valeurs, que leurs rêves et leurs désirs peuvent se réaliser dans l’efficacité et le respect de l’éthique, que nous voulons te remercier aujourd’hui. Tu es, comme dit l’expression, le phare qui leur montre le chemin.

Et chaque fois que des jeunes voudront se dédier à la vie publique, à la vie politique, avec toutes les valeurs qui sont les tiennes, l’UGAB te montrera du doigt, et leur dira : suivez son exemple, cet homme d’honneur est notre honneur à tous.

Berge Setrakian


 

l’UGAB Pleure la Perte de Patrick Devedjian, Fils du Peuple Français et Arménien

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de M. Patrick Devedjian, homme d'État français et figure d’exception pour tous les Arméniens, décédé ce week-end.

Menant une carrière politique avec grâce et dignité, M. Devedjian était un serviteur de la République. D'avocat à ministre, de parlementaire à président du Département des Haut-de-Seine, il est reconnu pour sa remarquable carrière d'avocat qui n'a cessé de défendre les Droits de l'homme. Les valeurs qu’il avait en lui et ses convictions ont laissé une empreinte indélébile sur les lois pour lesquelles il s'est battu et les vies qu'il a touchées tout au long de sa vie publique.

Parmi les nombreuses causes qu’il a défendues avec passion, il a veillé à ce que la voix des français d’origine arménienne soit entendue. Sa quête incessante de justice pour obtenir la reconnaissance du génocide arménien conduisant notamment à l'adoption d’une loi par la France.

L’UGAB a eu l'honneur d’œuvrer avec M. Devedjian au fil des décennies.

Nous présentons nos sincères condoléances à sa femme, ses enfants, ses petits-enfants et à toute la communauté arménienne de France.

Il laisse derrière lui un héritage exemplaire pour la défense de la vérité et de la justice, contre vents et marées.

Merci M. Devedjian pour tout ce que vous avez fait pour le peuple arménien.

----------------------------------------------------

Lors de sa 90e Assemblée Générale qui se tenait à Paris en février 2019, le Conseil d'administration central de l’UGAB a décerné à Patrick Devedjian le prix Boghos Nubar, la plus haute distinction décernée par l'AGBU aux membres de la communauté qui oeuvrent sans relâche au service de l’intérêt général.

Retrouvez le discours du président de l’UGAB, Berge Setrakian, prononcé à l'occasion de la remise de ce prix, dernier hommage à l'homme, au compatriote et à l'héritage qu'il laisse pour les générations futures.

Monsieur le Ministre, cher Patrick,

Il y a ceux qui veulent se rendre honorable par la politique, et ceux qui veulent rendre la politique honorable.

Il y a ceux pour qui, oublier ses racines est la condition de la réussite, et ceux qui tirent leur force et leur courage de ces racines qu’on veut leur faire oublier.

Il y a ceux, enfin, qui veulent laisser une trace dans l’Histoire, et ceux qui y parviennent parce qu’ils inscrivent leur vie dans l’Histoire.

Entre les uns et les autres, Cher Président, Cher Patrick, tu te reconnaîtras.

Mais pour ceux qui ne te reconnaîtront pas, il suffira d’évoquer ces onze années passées à la présidence du Département des Hauts-de-Seine dont la gestion, après avoir été longtemps « les écuries d’Augias » de la politique française, est devenue aujourd’hui le modèle français de la rigueur et de la probité.

Il suffirait également d’évoquer ces trois ministères, aux Libertés Locales, à l’Industrie et à la Relance économique que tu as occupés sous deux présidents, et de ces mandats passés à la Mairie d’Antony, où pendant dix-huit ans sans discontinuer, tes électeurs t’ont renouvelé leur confiance. Après trente cinq ans de vie politique, tu fais partie de ces hommes politiques qui, parce qu’ils ont été hommes d’honneur, ont rendu l’honneur à la politique.

C’est ce sens de l’honneur et ce sens du service, et pour une part, ce sens du sacrifice de soi, qui te fait l’héritier d’un autre grand soldat de la République, arménien d’origine lui aussi, qui a été un des premiers à rendre, au prix de sa vie, son honneur à la France. Je veux parler de Missak Manouchian.

Tu en es l’héritier au sens symbolique du terme, mais aussi, d’une certaine manière, au sens réel, quand on sait le soin que tu as pris, personnellement, jusqu’à la fin, au bien-être de son épouse Méliné Manouchian.

Lors du procès des quatre de l’Opération Van qui avaient pris d’assaut le consulat de Turquie en 1981, elle avait dit en désignant ces hommes qui se tenaient devant elle dans le prétoire : « Ce sont tous mes enfants ».  Tu faisais partie de ces hommes, toi qui fus l’avocat, dès la première heure, de ces combattants de la mémoire. Tu étais à leur côté, alors même que tu faisais campagne pour ton premier mandat de maire, conscient du poids que cet acte de conviction et de courage pouvait avoir sur ta carrière. Tu étais le défenseur de la Cause Arménienne avant de devenir le défenseur de la République, au nom de cette valeur commune avec Missak Manouchian, l’exigence de justice.

Mais ton combat pour la justice ne s’est pas arrêté là. Alors que grâce à l’ensemble de ces actions, le Génocide des Arméniens entrait dans l’espace public français ; il entra, par ton action personnelle, dans la loi française, celle du 29 janvier 2001. La vaste campagne négationniste qui l’a suivie a conduit l’Assemblée Nationale à examiner une nouvelle loi, pénalisant le négationnisme du génocide des Arméniens. Tu en fus l’un des défenseurs, certain que cette loi, visant la propagande d’un Etat étranger sur le sol français, n’était en rien incompatible avec la liberté d’expression qui te tient tant à cœur.

A tous ces combats, en succéda un autre : celui mené pour la survie de l’Arménie.

En 2008, l’Arménie fut classée parmi les pays les plus pauvres de la planète. A ce titre, elle entrait dans le cadre de la coopération décentralisée du département des Hauts-de-Seine que tu commençais à présider. Un an après, le 6 janvier 2009, tu signais avec le Fonds Arménien de France une convention en faveur du développement durable agro-pastoral dans le Tavoush. Aujourd’hui, dix ans après, en 2019, ce programme est plus que jamais actif et productif, et constitue un modèle de rigueur dans sa gestion et un exemple d’efficacité dans ses résultats. Grâce à l’action du Département des Hauts-de-Seine et ton action, le Tavoush est aujourd’hui un petit bout de la terre de France en Arménie.

Tout comme Aznavour dans l’art, tu es devenu, ne t’en déplaise, pour les Arméniens d’Arménie et de la Diaspora, l’emblème de la réussite, de la probité et du courage en politique. Certes, l’UGAB veut t’honorer parce que tu es ce que tu es, parce que tu fais ce que tu fais, mais elle veut aussi t’honorer pour ce que tu représentes aux yeux des générations futures, pour ces jeunes que l’UGAB veut accompagner dans leur rêve et leur désir d’excellence. C’est parce que tu démontres, par ton action et tes valeurs, que leurs rêves et leurs désirs peuvent se réaliser dans l’efficacité et le respect de l’éthique, que nous voulons te remercier aujourd’hui. Tu es, comme dit l’expression, le phare qui leur montre le chemin.

Et chaque fois que des jeunes voudront se dédier à la vie publique, à la vie politique, avec toutes les valeurs qui sont les tiennes, l’UGAB te montrera du doigt, et leur dira : suivez son exemple, cet homme d’honneur est notre honneur à tous.

Berge Setrakian

Please note that archived content may appear distorted as it has been stripped of formatting and original images.